Itinérance

par gadget
2011.04.22 - 8:45 AM

Il n’y a pas de service au numéro que vous avez composé

Par Maude Ménard-Dunn

Organisatrice communautaire

Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM)

S’il n’y a pas de réponse au numéro que nous avons composé, ce n’est pas faute d’avoir appelé à l’aide les candidats et les candidates conservateurs. Lorsqu’il s’agit de répondre aux besoins des plus vulnérables, Stephen Harper et ses députés ont jusqu’à présent fait la sourde oreille. Tout porte à croire qu’à Ottawa, la voix des plus démunis a été engloutie par le vrombissement des moteurs d’avions de chasse F-35. Des avions qui coûteront, devons-nous le rappeler, au moins 30 milliards aux contribuables canadiens. Une infime fraction de ce montant pourrait servir à aider les 150 000 personnes qui sont toujours à la rue au Canada. Et le visage de l’itinérance n’est pas toujours celui qu’on croit : ils sont des milliers d’hommes, de femmes, de jeunes, d’Autochtones et de familles sans domicile fixe à avoir besoin d’une aide immédiate. Mais pour qu’une telle aide leur soit allouée, il faudrait que la lutte à la pauvreté soit à l’ordre du jour au Parlement. Seuls les électeurs peuvent changer les choses et exiger que leur parti s’engage à l’endroit des moins nantis.

Si le Bloc Québécois s’est engagé formellement à défendre la bonification de la Stratégie de partenariats de lutte contre l’itinérance (SPLI), les candidats du Parti conservateur demeurent muets au sujet de l’itinérance et de la pauvreté au Canada. Des candidats d’autres partis comme Thomas Mulcair (NPD) et Marc Garneau (PLC) se sont aussi engagés à défendre l’accroissement du programme mais les plateformes de leurs partis respectifs ne mentionnent rien à cet effet. La SPLI est un programme essentiel de 20 millions de dollars au Québec qui, depuis une dizaine d’années, finance entre autres l’intervention auprès des personnes itinérantes, le soutien en logement et la relocalisation d’organismes. Mais à l’instar du coût de la vie et du nombre de personnes itinérantes, le montant de ce programme essentiel est gelé depuis dix ans. Sur le terrain, les organismes qui travaillent auprès des populations fragiles sont consternés : le coût des projets a presque triplé depuis 1999 et le gouvernement conservateur n’a rien promis pour améliorer la situation et actualiser les sommes. À nos appels répétés à bonifier le programme pour permettre aux intervenants de souffler un peu, Stephen Harper et son équipe n’ont pas daigné répondre.

Ces dernières années, la flambée des prix des logements conjuguée à la rareté des logements sociaux a contribué à grossir les rangs de l’itinérance. Tous savent qu’une des façons les plus efficaces de lutter contre l’itinérance est de fournir un toit aux personnes. Tous sauf… le ministre des finances Jim Flaherty. Il annonçait récemment la décision du gouvernement de retirer toutes les subventions au logement social, à la rénovation et au logement abordable. Est-ce là vraiment le choix des Canadiens? Les groupes actifs en itinérance et en logement ont multiplié les requêtes pour pouvoir parler aux candidats conservateurs à cet effet. Leurs appels sont demeurés sans réponse.

Y aurait-il un autre enjeu à cette élection que l’économie? Si cette interrogation est à propos c’est que le récent débat des chefs aura occulté bien des sujets d’importance, dont le logement social, la pauvreté et l’itinérance. Ces omissions sont symptomatiques d’une absence générale des enjeux sociaux depuis plusieurs années dans la sphère politique. Quand parlerons des prestations insuffisantes d’aide sociale? Quand débattrons-nous de l’engagement de l’État à accroître l’offre de logement social? Si les grands débats sociaux sont remis constamment aux calandes grecques à cause des impératifs économiques, les Canadiens ont-ils conscience que des milliers de leurs compatriotes attendent dans l’ombre de la pauvreté?

Les groupes qui viennent en aide aux plus vulnérables font preuve d’une débrouillardise peu commune et c’est avec empathie qu’ils accueillent ceux à qui bien des portes ont été fermées. Ils méritent à tout le moins… qu’on leur réponde.

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