Prostitution: des travailleuses du sexe et des partisans contestent les lois
Prostitution: des travailleuses du sexe et des partisans contestent les lois
TORONTO (PC) - Les lois sur la prostitution au Canada menacent la vie de milliers de travailleuses du sexe, ce qui équivaut à une forme de "génocide urbain", ont affirmé un groupe de professionnelles du sexe et leurs défenseurs, mercredi.
La "Safe Haven Initiative", ou Initiative pour un refuge sûr, avec à sa tête le professeur de droit Alan Young, de Toronto, aidé d'étudiants en droit bénévoles, entreprend de contester la constitutionnalité des lois qui interdisent de tenir des maisons de débauche, de communiquer à des fins de prostitution et de vivre des fruits de la prostitution.
Rien dans le Code criminel n'interdit spécifiquement la prostitution au Canada. Mais presque tous les aspects d'une transaction - embaucher une prostituée, solliciter de possibles clients et tirer des revenus du sexe - sont illégaux.
Comme il est illégal pour une prostituée de travailler à partir de chez elle ou d'embaucher un garde du corps, la loi prive les femmes de leur droit à la liberté et à la sécurité, ce qui enfreint les dispositions de la Charte des droits et libertés, soutient le professeur Young.
"La prostitution n'est pas dangereuse en soi; ce qui est dangereux, c'est la façon dont elle est organisée au pays", fait valoir Valerie Scott, une ex-prostituée, directrice exécutive du groupe Sex Professionals of Canada (Professionnels du sexe au Canada), qui milite pour les droits des travailleurs et travailleuses du sexe.
Le professeur Young a été poussé à entreprendre cette contestation et à défendre les droits de ces femmes après avoir observé la couverture médiatique de l'enquête sur la disparition de plus de 60 femmes, dont une majorité pratiquaient la prostitution, du quartier défavorisé Eastside, à Vancouver. "A mesure que le nombre de victimes augmentait, a-t-il raconté, je me suis mis à penser qu'il fallait faire quelque chose pour stopper ce génocide urbain."
Ce cas est un exemple extrême de la violence à laquelle doivent faire face les prostituées, mais il illustre un problème beaucoup plus profond, affirme M. Young. "La réalité, c'est que les menaces, la violence et les agressions constituent le lot quotidien des travailleurs du sexe de la rue", a-t-il dit.
L'enquête de Vancouver a culminé avec l'arrestation de Robert Pickton, contre qui pèsent 26 chefs d'accusation de meurtres et qui subit actuellement son procès sous 6 de ces chefs. Un autre homme, de la région d'Edmonton, en Alberta, est actuellement devant la justice pour répondre des meurtres de deux prostituées.
Pour sa part, une militante comme Sue Davis, qui défend les droits des prostituées, est convaincue que des changements aux lois auraient pu sauver la vie de plusieurs prostituées assassinées.
En 2006, un rapport de Statistique Canada révélait que 171 femmes pratiquant la prostitution ont été assassinées entre 1991 et 2004, et que 45 pour cent de ces meurtres n'ont jamais été résolus.
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